De l’autre cotés, Efrit déposa ses deux passagers puis repartit comme s’il se téléportait. Les deux compagnons prirent alors rapidement le chemin de la demeure du jugement et des autres enfers. Ils passèrent devant Cerbère qui décida de les arrêter, cependant, usant de son cosmos, Ellianor musela la bête et la plongea dans un état de léthargie profonde.
Ils se pressaient pour parvenir rapidement à la Giudecca. Au fur et à mesure qu’ils avançaient, ils percevaient les combats qui se déroulaient au loin. Finalement ils arrivèrent à hauteur des trois juges de l’enfer et de Canon, juste après que Ikki soit apparu. Ils se mirent dans l’ombre et observèrent la scène.
- GARUDA FLAP ! … Il retombera ici dans trois secondes, à l’emplacement de sa tombe ! Trois, deux, un ….
En effet comme venait de le prédire le spectre, le chevalier d’Athéna s’écrasa à l’endroit exact désigné par Eaque sous les yeux ébahis de Canon. Mais Ikki, ne s’avouant pas vaincu, se relève.
- Je vois, fidèle à sa réputation, le phénix est assez coriace. Dans ce cas je l’aurais avec une deuxième frappe ! GARUDA FLAP !
Alors qu’il aurait du se passer la même chose, Ikki ne retombe pas au bout des trois secondes fatidiques. Tous regardent alors en l’air. Mais le phénix apparaît dans le dos d’Eaque et le frappe sans que celui-ci puisse réagir, et il se retrouve alors à terre.
- On ne peut vaincre un chevalier avec une attaque qu’il a déjà subie.
Tandis que les deux autres jugent toisaient phénix, dans l’ombre sans qu’ils puissent s’en douter, deux hommes discutaient.
- Tu n’as pas pu t’en empêcher, n’est ce pas ? demanda Ellianor sur un ton légèrement las.
- Oui je l’ai un peu aidé… mais il n’y a pas de mal. Je pense qu’il aurait réussi quand même.
- Tu sais bien que tu ne devrais pas intervenir maintenant. De plus, comme tu l’as souligné, ce chevalier aurait très bien pu se passer de ton aide pour cacher son cosmos.
- Bon je l’admets, il y avait un peu l’envie d’accélérer les choses.
- Bien, maintenant il va falloir intervenir.
- Pourquoi donc ?
- Tu te crois malin ? Les deux autres juges ont perçus qu’il y avait quelque chose de pas naturelle dans la réapparition du phénix. Ils se méfient et se concentrent pour sentir leur environnement. Même si nos cosmos sont diminués, il n’empêche que notre présence ici nécessite au moins la mobilisation du Arayashiki, ce qui ne vas pas sans se faire remarquer un minimum. D’ailleurs, l’étoile céleste de la valeur nous a déjà senti. Il ne lui manque plus qu’à regarder dans la bonne direction.
En effet Minos semblait concentré. Mais ses deux amis n’y firent pas attention car il regardait phénix disparaître sous leurs yeux, comme happé par les flammes.
- Il a disparu ! Qu’est ce qui s’est passé ? fit Rhadamanthe comme étourdi
- Où est Ikki ? Où l’avez-vous envoyé ?
Canon n’était visiblement pas très rassuré par la tournure des évènements.
Mais alors que personne ne faisait attention à lui, Minos parla d’une voix grave et autoritaire.
- Quelqu’un nous surveille. Et il ne s’agit pas de la force qui vient de téléporter phénix. Il me semble avoir reconnu dans cette dernière l’aura de sa majesté Pandore. Mais la personne qui se cache ici, est notre ennemie.
Tout à coup, sortant de nulle part, un bruit de clappement des mains. Deux silhouettes sortent alors de l’ombre du rocher qui les masquait jusque là.
- Bravo spectre du Griffon. Très bon sens de l’observation. Je ne pensais pas que vous parviendriez à nous repérer malgré vos faibles pouvoirs.
Tous trois étaient estomaqués. Non seulement c’était deux, et non pas une, personnes qui apparaissaient, mais en plus l’un d’eux, le plus âgé, les prétendait faibles. Mais leur véritable surprise vînt de l’interrogation de Canon.
- Mais… Qui êtes vous ?
- Tu veux rire Canon ? Tu veux dire que tu ne les connais pas ?
- Ni l’un ni l’autre ; d’ailleurs je ne ressens pas les vibrations du cosmos du second. Qui sont-ils donc ?
Rhadamanthe fronçait les sourcils et était visiblement inquiet, Canon avait l’air sincère, et lui non plus ne les connaissant pas il allait maintenant devoir gérer cet incident.
- Nous ne sommes pas tes ennemis chevalier d’Athéna ; au contraire nous prenons part à cette guerre pour nous ranger à vos cotés.
- Je me nomme Ellianor. Et voici mon compagnon Orphéo. Notre but est d’atteindre le mur des lamentations et de mettre fin au règne d’Hadès.
- Peu m’importe vos noms. Si telles sont vos intentions, nous allons vous tailler en pièce ici même et sans délai ! Fit sèchement Rhadamanthe.
- Pff… je m’en voudrais de rater ça. Ellianor, part devant, je me charge de ceux là !
- Bien. Canon suis moi !
- Vous n’allez quand même pas le laisser affronter seul les trois juges des enfers ?!!
- Si.
A cette réponse si claire et si courte, Canon sembla abasourdi. Il regarda de nouveau Orphéo. Non décidément, il n’y avait rien chez lui qui lui inspirait une force suffisante pour se mesurer aux trois juges en même temps. De taille assez grande, il n’avait cependant rien d’un colosse ; pour tout dire, sa corpulence était la même que celle de lui-même ou de Saga. Dans son regard opalin qu’il avait croisé lors de son arrivée, il ne distinguait pas de haine, ni de rage de combattre. A coup sûr il serait déchiqueté dès le premier assaut. Pourtant il se dégageait de lui une espèce de sérénité espiègle qui semblait le rendre sûr de lui. Et puis son compagnon qui paraissait puissant bien qu’ayant l’aspect d’un vieil homme, lui faisait une confiance sans faille. Comme mu par une autre force que la sienne, Canon entreprit de suivre Ellianor qui lui emboîtait le pas sur la route de la Giudecca. Mais le Wyvern se mit en travers de son chemin.
- Canon ! Tu ne t’en iras pas si vite !
- Eh là !! On reste calme ! C’est à moi que tu devras faire face désormais !
- Canon est mon adversaire, et si tu crois que tu vas me gêner longtemps tu te mets le doigt dans l’œil … GREATEST CAUTION !!
Alors de tout son cosmos, le spectre du Wyvern déploya son énergie sur Orphéo. La lumière violacée de son aura emplit toute la 5ème prison. Puis ce fut l’explosion. Un instant Rhadamanthe crut voir l’angoisse sur le visage de son adversaire qui semblait avoir mésestimé sa puissance et du même coup n’avait pas préparé de défense efficace. Le souffle de l’attaque souleva tellement de poussière qu’un instant, la vue leur fût cachée. Canon s’étant retourné pour voir l’arcane, fut vite rappelé à l’ordre.
- Ne traînons pas chevalier. Ta déesse nous attend.
- Mais ton compagnon est mort ! Cela ne te fait donc rien ?
- Si tu crois que ce sont ces juges qui en viendront à bout, tu as bien du chemin à faire petit !
Canon reprit sa course, guère rassuré. Cependant les dires d’Ellianor semblaient se confirmer. Alors que l’épais nuage se dissipait, une aura dorée semblait repousser la poussière. C’était Orphéo qui émettait cette onde puissante et pourtant sans agressivité. Les juges furent, une nouvelle fois, dépités. Non seulement leur adversaire avait survécu et était indemne mais en plus arborait-il un sourire amusé comme s’il s’attendait à leur réaction.
- Cela aurait été un peu facile, admettez le.
- Mais à quelle classe de guerrier appartiens-tu toi qui peux stopper mon arcane sans broncher ?
- Je te le dirai bien, mais je ne dois pas le faire pour l’instant. Mon compagnon étant assez éloigné maintenant, je vais pouvoir passer aux choses sérieuses.
Comme pour confirmer ses paroles, son cosmos se fit plus intense. Bien que n’en mesurant pas totalement l’ampleur, Minos comprit vite qu’il était bien plus redoutable qu’un chevalier d’or.
- Rhadamanthe, nous ne pouvons risquer de perdre. Il nous faut allier nos forces face à lui.
- Tu rigoles ? Et l’honneur des spectres ?
- Minos a raison pourtant. Nous ne devons pas nous laisser tuer ; si nous mourrons, sa majesté Hadès sera sans protection. Cet homme est dangereux. Il faut que nous le vainquions ensemble !
Leur adversaire qui venait de suivre l’échange verbal, continua d’arborer son sourire et mit ses deux mains sur les hanches pour leur parler d’un air détaché.
- Tes amis ont raison. Mais je ne suis pas sûr que vous soyez de taille même à trois !
- Oserais-tu nous défier tous ensemble ?
- Ma foi oui… Et puis on ne sait jamais. Si le moment n’était pas venu pour moi.
A ses derniers mots, les yeux rieurs d’Orphéo s’assombrirent et prirent une teinte grise ; Il soupira alors de façon presque inaudible :
« J’aimerais que vous soyez capables de cela… ça voudrait dire que le temps des souffrances est encore loin ! Hélas pour vous comme pour moi, il ne saurait être retardé plus longtemps. »
Il prit alors un regard de pitié sur les trois juges ce qui eût pour effet d’aussitôt les rendre furieux, et de les voir se jeter sur lui. Le regard dans le vide, comme s’il ne tenait pas compte de ses adversaires, Orphéo esquivait chacune des attaques des trois ombres qui dansaient autour de lui. De loin on eût dit un ballet. Un ballet macabre. Tout s’enchaînait très vite, coups de pieds, de poings, manchettes etc… pourtant les spectres ne touchaient que du vide, et leur adversaire leur échappait à chaque fois grâce à des contorsions, des pas en retrait, des esquives, des sauts.
La danse des quatre protagonistes était comme mue par une musique céleste ; tandis que les coups se déchaînaient et qu’ils déchiraient le paysage déjà torturé de la 5ème prison, le cosmos doré du jeune guerrier emplissait l’espace et faisait vibrer chaque atome. Quelques minutes après un rythme effréné, les juges sentirent quelque peu la fatigue et commencèrent à danser moins en harmonie. Et, comme rompant sa concentration, Orphéo leur adressa un regard vif et brillant. Un flash lumineux les aveugla et sans qu’ils puissent comprendre, ils se trouvèrent tous trois au sol sans pouvoir se relever bien qu’ils n’eussent pas de douleur.
- Malheureusement, j’avais raison. Vous n’êtes pas de taille. Je ne désire aucunement votre mort. Sachez rester humbles et ne plus vous mêler de cette guerre jusqu’à son dénouement. Vous aurez ainsi la vie sauve.
- Crois-tu que nous, les juges de l’enfer, ayons si peu d’honneur pour accepter une telle infamie !?
Minos avait prononcé ces mots sur un ton résigné mais résolu qui donnèrent aux deux autres le courage de se relever une fois de plus.
- Hélas, il m’est pénible de vous le dire mais votre honneur n’a pas de valeur contre moi. Seule compte votre vie. Si vous désirez à ce point la gâcher en me combattant, vous devez pourtant savoir que nul n’est pour l’instant en mesure de me vaincre ; Hadès lui-même sera défait. Que vous mourriez ne changera rien à son destin. Mais votre vie peut peut-être changer la face de l’univers, comme une plume faisant basculer la balance du bien et du mal ; Je vous accorde la vie en raison de votre bravoure. Cependant je n’aurais pas de mal à vous tuer en me battant pleinement contre vous pour cette même raison. Ce choix vous appartient… Je crains cependant que vous ne sachiez pas faire le bon.
Les yeux de l’héritier étaient emplis de compassion et son cosmos ne dégageait que chaleur et douceur. Rien en cet être ne dégageait une once d’agressivité. A chaque vibration du cosmos, les juges pouvaient percevoir la mélancolie d’un cœur déjà tant éprouvé par le chagrin. Un instant ils ouvrirent leur barrières mentales à ce cosmos et se sentirent soudain apaisés. Mais alors que cet instant d’éternité semblait figé, des larmes coulèrent sur les joues des trois juges. Ils firent de nouveau flamboyer ce cosmos violet qui était le leur.
- Ton discours a l’air sincère ; Aussi nous te demandons de nous respecter comme les guerriers que nous sommes. Combat-nous ! Et qu’il y ait un ou trois vainqueurs, le sort en décidera.
L’étoile céleste de la supériorité avait parlé. Ils choisissaient le combat ; ayant malgré tout perçu au fond d’eux l’issue fatale du dernier chant des juges. Mais devançant ses frères, Rhadamanthe se mit en avant et parla d’une voix ferme :
- Mes amis, je vais tenter de le vaincre. Mon ultime attaque ! QUE LES FLAMMES DU WYVERN T’EMPORTENT !!!
L’arcane secret du spectre surpassait en puissance toutes les autres, et la puissance qu’il dégageait était largement au niveau des meilleurs chevaliers d’or… peut être même plus ! Son cosmos tonnait dans toute la 5ème prison et les flammes se jetaient sur Orphéo à la vitesse de la lumière. Tenant sa parole, Orphéo respecta son adversaire et ne se contenta pas d’encaisser. Il fit lui aussi flamber son aura et tendit une main en avant bloquant l’arcane avec les ondes dorées qui sortaient de la paume de sa main. Une fois l’attaque finie, une lueur passa sur la main tendue de l’héritier, et d’un seul coup en repartit l’attaque du Wyvern qui était renvoyée !
La lumière aveuglante de l’attaque ne permit pas à Rhadamanthe de voir tout de suite ce qu’il venait de se passer. Lorsqu’il rouvrit les yeux, il vit devant lui Eaque et Minos, lui tournant le dos, bras écartés. Ils avaient utilisé leur corps comme un bouclier. Rhadamanthe était vivant grâce à ses deux frères.
- Mais pourquoi ?
- Tu es le plus fort de nous trois, tu ne dois pas mourir face à lui.
- Tu dois vivre Rhadamanthe. » fit Minos sur un ton grave « En ressentant le cosmos de ton adversaire, j’ai compris une chose, toutes nos réincarnations pendant des siècles, nos guerres contre Athéna, notre servitude pour Hadès, j’ai compris que cela ne cessera jamais ! Cet homme pourra peut-être arrêter ces guerres stériles. Je pense que Hadès nous a trompé. Son but n’est pas Utopia, mais bien de faire de la surface un nouvel enfer. Pendant un instant, j’ai perçu les vies de tous les hommes dans lesquels je me suis réincarné ; la vie vaut la peine d’être vécue et défendue. Athéna n’a peut-être pas tort après tout ….
- Pff, nous les trois juges, étions dans l’erreur. Nous allons mourir désormais, mais toi Rhadamanthe, cesse de combattre et vis !! Vis pour la Terre !
Ce furent les dernières paroles d’Eaque, et à ces mots, les deux corps fumant s’effondrèrent sur le sol. Leurs surplis déchiquetés laissaient entrevoir leurs blessures profondes. Rhadamanthe s’agenouilla en pleurant près d’eux. Puis Orphéo s’avança vers lui et lui parla pour apaiser sa peine.
- Sache que tes compagnons ont été fiers de sacrifier leur vie pour toi. Je ne désire plus te combattre ; tu as assez perdu pour toute ta vie ! Je vais faire quelque chose pour vous trois. Avec mon cosmos, je vais effacer toute trace du cosmos en toi, je vais raviver également les souvenirs de la vie que tu menais il y a encore quelques jours. Quant à tes frères, tu ne tarderas pas à les retrouver. Je ne puis les ressusciter, mais je peux quand même vous aider à vous retrouver un jour. Relève toi !
A ces mots, Rhadamanthe se releva. Le cosmos d’Orphéo se dirigea vers lui et son armure le quitta pour reprendre sa forme totémique. Il sentit le cosmos le quitter. Puis sa vue se brouilla, elle devint de plus en plus floue. Soudain, des flashs, des images très intenses montaient en lui. C’était celle de sa vie avant de redevenir une étoile d’Hadès. Il se vit enfant, puis adolescent, et soudain le visage d’une femme, une anglaise comme lui. Elle était belle et blonde … ses yeux noisettes qui le regardait toujours avec tendresse. Il se souvint : Emilia !